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LE COMBAT SYNDICALISTE
1er mars 2007
LE COMBAT SYNDICALISTE - N°315 - MARS 2007
FRED ALPI, LE BLUES DE LA LIBERTÉ
Après les sonorités chanson-rock (guitare - basse - batterie) de son album Les chiens mangent les chiens, Fred Alpi revient en duo acoustique avec le guitariste soliste Gilles Fegeant. C'est incontestablement la meilleure formation qu’il ait pu nous offrir jusqu’ici, tant en studio qu’en public. L’atmosphère est plus intimiste, et la collaboration complice des deux musiciens permet de livrer un disque de chanson française atypique, mâtiné de sauce country blues.
Dans les textes, insoumission, contestation et nostalgie côtoient l’amour disparu. À l’écoute, on ressent de la désillusion et une violence contenue, mais l’envie de bâtir un autre monde reste prégnante. Être libre plutôt que se reposer, se battre plutôt que sombrer dans l’indolente facilité du quotidien, le pari était risqué mais Fred s’en tire bien.
Interview d'un artiste à découvrir et à soutenir.
Le Combat Syndicaliste : Ton nouvel album sonne différemment des deux premiers. il semble plus accessible, plus mélodique. Peux-tu revenir sur ton parcours et nous expliquer le choix du duo acoustique ?
Fred ALPI : Ce choix s’est imposé de lui-même. Après mes deux premiers albums enregistrés en trio électrique, j’ai eu l’occasion de chanter mes chansons en solo acoustique, telles que je les écrivais au départ avant qu’on les arrange en groupe. Ce qui a plu dans ces concerts-là, c’est la spontanéité et la sincérité, plus facile à percevoir en acoustique qu’en électrique. Je me suis donc décidé à explorer cette voie plus avant, mais comme je trouvais que des concerts seul sur scène étaient monotones et ennuyeux au bout d’un moment, je me suis mis en quête d’un guitariste. J’ai cherché un guitariste de blues, car même si mes mélodies de chant ne sont pas vraiment bluesy, le rythme de ma guitare l’est assez souvent. Cette évolution dans le son correspond à ma démarche de citoyen du monde. Si mon parcours musical est fait de punk-rock, de musique industrielle et de chanson française, c’est qu’il a été enrichi par les rencontres que j’ai faites en vivant à Amiens, Berlin ou Paris. Je dois ajouter que je suis né en Suède, d’où ce sentiment de me sentir partout étranger et partout chez moi, ça donne un regard à la fois curieux et distancié sur le lieu où l’on vit, sa population et ses modes de vie. Ça m’aide à écrire.
CS : Ce principe de duo ne laisse pas davantage de place aux textes? Textes qui parlent toujours d'amour et d'anarchie, mais où désormais, un certain désespoir semble poindre. La liberté serait une longue quête ?
FA : Le duo acoustique permet de mettre en valeur la voix et les textes, ça m’a d’ailleurs demandé de gros efforts de remise à niveau depuis trois ans, car on se retrouve vraiment à poil sans un groupe rock avec soi. L’amour et l’anarchie sont les deux motivations essentielles de ma vie, c’est pour ça que j’en parle tant, que ce soit pour les interrogations qu’elles suscitent, et pour les joies, les douleurs ou les doutes qu’elles procurent aussi. Je ne suis pas désespéré, bien au contraire, mais c’est vrai que je parle plus souvent de ce qui rate dans ma vie ou celles que je vois autour de moi, que de ce qui va bien. Ça, je préfère le savourer sur l’instant, et je n’arrive pas à en faire des chansons. Pour un optimiste comme moi, le bonheur se suffit à lui-même, et les peines sont un matériau à transformer pour éviter qu’elles se reproduisent. La liberté est effectivement une longue quête, tant sur le plan personnel que collectif, ça commence dès qu’on est deux. Mais cette voie me rend heureux, malgré les périodes de doute.
CS : De quels artistes te sens-tu proche ? Arrives-tu à vivre de ta musique ?
FA : Je me sens proche des artistes sincères et curieux, quel que soit leur art ou la reconnaissance dont ils jouissent, comme pour mes amis. Je ne vis pas de ma musique, mais j’ai la chance de vivre de mon autre passion, le kung-fu, que j’enseigne.
CS : Tu es militant à la CNT, mais très proche également des autres organisations libertaires. On pourrait presque te définir comme un "compagnon de toutes les routes anarchistes". Quel regard portes-tu sur le mouvement anarchiste et anarchosyndicaliste français, toi qui a vécu en Suède, en Belgique et en Allemagne ?
FA : En France, j’ai beaucoup appris de différentes organisations, beaucoup en théorie avec la Fédération Anarchiste, et plus en pratique avec la CNT. Ces deux aspects me semblent indispensables l’un à l’autre en tant que libertaire. Je regrette qu’ici ils soient moins compatibles que ce qu’ils sont dans d’autres pays. Je parviens toutefois à retrouver cette complémentarité dans le collectif Rash/Barricata, mais son côté affinitaire et lié à une scène musicale ne lui permet malheureusement pas de toucher un public suffisamment large. C’est pourtant une aventure à la fois très riche intellectuellement et très concrète dans ses actions, où les fins et les moyens se confondent véritablement.
Propos recueillis par Nico - Education 93
Se reposer ou être libre
Nidstång-Fairplay - SED 2007
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